L’impact des entreprises sur la biodiversité : méthodes de mesure et démarches pour agir

Dernière mise à jour : 19 oct. 2021


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Photo par William Warby sur Unsplash

La biodiversité est reconnue depuis la loi sur la protection de la nature de 1976 comme « l’affaire de tous ». L’érosion du tissu vivant de la planète progresse de manière alarmante, au point de parler dorénavant de « 6e extinction de masse ». Les instances internationales, relayées au niveau local par de nombreux gouvernements, prennent le sujet très au sérieux. Mais le tissu économique, représenté par des millions d’entreprises, détient également une capacité d’agir déterminante pour relever ces défis. Les attentes vis-à-vis des entreprises sont croissantes dans la réduction de leurs impacts sur la biodiversité. Intégrer la biodiversité dans la stratégie d’entreprise s’impose de plus en plus aujourd’hui. Foresteam vous détaille dans cet article l’importance de la mesure de l’impact des activités des entreprises, les différentes méthodes de mesure et les démarches concrètes pour agir en faveur de la biodiversité.



L’importance de la mesure de l’impact de l’activité des entreprises sur la biodiversité


Une pression internationale


Depuis 2020, l’érosion de la biodiversité fait partie du Top 5 des risques pesant le plus sur l’économie et les sociétés, selon l’enquête annuelle menée par le Forum économique mondial (World Economic Forum).

La pression internationale est donc de plus en plus forte pour gagner la bataille contre la perte de la biodiversité.

La crise sanitaire mondiale liée au COVID-19 a bouleversé le calendrier international en matière de biodiversité. 2020 devait se présenter comme une année charnière, mais la plupart des grands évènements ont dû être reportés suite à la pandémie.


L’année 2021 sera tout de même marquée par l’organisation d’évènements majeurs autour de la biodiversité :

  • Le Congrès mondial de la nature de l’UICN en septembre 2021 à Marseille qui se veut décisif et historique dans ses réflexions et conclusions pour mettre fin au déclin alarmant de la biodiversité.

  • L’ouverture du sommet virtuel de la 15e Conférence des parties (COP15) à la Convention sur la diversité biologique (CDB) en octobre 2021, avant les négociations en présentiel prévues à Kunming en mars 2022. L’objectif de la COP15 est double : analyser les résultats de la mise en œuvre du Plan stratégique 2011-2020 pour la biodiversité biologique et fixer une feuille de route sur la préservation des écosystèmes, à l’instar de l’Accord de Paris sur le climat.


Une place grandissante dans la loi française


L’État français s’engage depuis quelques décennies à protéger la biodiversité. On peut citer ces quelques lois et dispositifs votés depuis la fin des années 1970 :

  • Loi relative à la protection de la nature en 1976 ;

  • Loi sur la protection et la mise en valeur des paysages en 1993 ;

  • Stratégies nationales pour la biodiversité (SNB de 2004 et 2011) ;

  • Modifications du Code de l’environnement et du Code rural et de la pêche maritime ;

  • Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages en 2016 ;

  • Plan biodiversité en 2018.


Les cadres internationaux se déclinent sur le plan européen par la mise en œuvre de la stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité sous la forme d’un plan global et ambitieux qui vise à restaurer la biodiversité à l’horizon 2030.

Cette stratégie sera reprise en France dans la troisième Stratégie nationale pour la biodiversité, applicable pour la période 2021-2030. Élaborée tout au long de l’année 2021, elle s’adaptera aussi aux décisions votées suite aux accords internationaux mentionnés ci-avant.


Enfin, il est aussi important de signaler la publication en mai 2021 du décret d’application de l’article 29 de la loi énergie-climat (loi n° 2019-1 147 du 8 novembre 2019) qui instaure la création effective d’une obligation de reporting sur la biodiversité dès 2022. Un nouvel indicateur « d’empreinte biodiversité » voit ainsi le jour pour permettre de mesurer la contribution des portefeuilles d’investissements aux pressions sur la biodiversité et leurs impacts.


Des risques et des opportunités pour les entreprises


Les entreprises sont intimement liées, directement ou indirectement, à la biodiversité. Leurs activités dépendent fortement d’une biodiversité en bonne santé, grâce notamment aux services écosystémiques que celle-ci peut rendre à l’entreprise (apport de ressources naturelles, régulation des phénomènes naturels, services culturels…). Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement estimant même que l’économie mondiale reposerait à 40 % sur ces services.


Les pressions exercées sur l’environnement par les entreprises tout au long de leur chaîne de valeur, qu’elles soient directement liées à leurs propres opérations ou générées en aval ou en amont par leurs parties prenantes, ont des impacts sur l’érosion de la biodiversité.


Ces impacts peuvent générer des risques importants pour le modèle économique des entreprises, et ce, à tous les niveaux :

  • Risques opérationnels : ruptures d’approvisionnement, hausses des prix, pénuries, perturbations logistiques ;

  • Risques financiers : difficultés d’accès à des financements, subventions ou prêts (de plus en plus conditionnés au caractère durable de l’activité), coûts de réparation des dommages causés à l’environnement, coûts de mise en conformité, augmentation des prix d’achat suite à la raréfaction des matières premières ;

  • Risques juridiques : évolution rapide et croissante de la réglementation en matière environnementale à suivre et appliquer ;

  • Risques réputationnels : mauvaise image, greenwashing, baisse du marché des clients qui ne souhaitent plus associer leurs achats à la marque.


Mais placer la biodiversité au cœur de la réflexion stratégique sur ses activités ouvre aussi de nombreuses opportunités à l’entreprise :

  • Innovation et création de valeur : développement de nouveaux produits avec la nature comme source d’inspiration, biomimétisme, process R&D intégrant les enjeux environnementaux ;

  • Image de marque et fidélisation clients : les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux entreprises qui s’engagent véritablement sans greenwashing ;

  • Ancrage dans le territoire et dialogue avec les parties prenantes : l’intelligence territoriale au service de la biodiversité permet à l’entreprise de renforcer les échanges avec ses partenaires publics et privés et sa légitimité sur son territoire ;

  • Qualité de vie et mobilisation des collaborateurs : valoriser les engagements sociétaux de l’entreprise par des actions collectives en faveur de la biodiversité et favorisant l’implication de tous les collaborateurs.


Les entreprises ont donc tout intérêt à poursuivre l’objectif de diminution des impacts et des pressions qu’elles génèrent sur la biodiversité pour lutter contre son érosion. Mais cela conduit à un besoin d’indicateurs et d’outils de mesure de cet impact sur la biodiversité, dans une approche similaire au calcul de l’empreinte carbone dans la lutte contre le changement climatique.



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Photo par Ronny Overhate de Pixabay


Les différentes méthodes de mesure de l’empreinte biodiversité


La biodiversité représente l’ensemble du tissu vivant de notre planète, c’est-à-dire l’ensemble des milieux naturels et des formes de vie (plantes, animaux, champignons, bactéries, etc.) et les interactions entre elles.


La biodiversité comprend trois niveaux interdépendants :

  • la diversité des écosystèmes : les différents milieux de vie (océans, prairies, forêts…) ;

  • la diversité des espèces (y compris l’espèce humaine) qui vivent dans ces milieux ;

  • la diversité génétique des individus au sein de chaque espèce.


L’on estime à 20 millions le nombre d’espèces présentes sur Terre, dont 28 % seraient menacées selon la liste rouge de l’UICN.


Déterminer des outils de mesure fiables et universels est tout aussi complexe que la notion de diversité elle-même. Cependant deux approches sont généralement mises en avant pour mesurer la biodiversité et ainsi évaluer l’impact d’une entreprise sur celle-ci : les indicateurs de suivi et les outils de mesure d’impacts.


Les indicateurs de suivi


Les indicateurs de suivi sont élaborés à partir d’un modèle économique développé par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) appelé modèle « pression - état - réponse » ou modèle PER.


Il définit les pressions exercées par l’activité humaine sur l’environnement, l’état de l’environnement qui en résulte et les réponses apportées par les entreprises :

  • Indicateur de pression : mesure l’impact de l’entreprise (intensité des émissions, utilisation des ressources, surface artificialisée…) ;

  • Indicateur d’état : mesure la qualité et la quantité des ressources naturelles (nombre d’espèces, qualité du milieu…) ;

  • Indicateur de réponse : liste les actions mises en œuvre par l’entreprise.


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Le modèle Pression Etat Réponse, Source : OCDE 1993.

Le modèle PER permet donc de définir une « empreinte biodiversité » via une panoplie d’indicateurs choisis en fonction des enjeux stratégiques de l’entreprise.



Les outils de mesure d’impacts


Les outils de mesure d’impact utilisent une approche agrégée sur une ou plusieurs dimensions et qui intègre dans leur méthodologie de calcul la chaîne complète activités - pressions - impacts (Analyse du cycle de vie — ACV). Ils permettent de mesurer la variation de l’état global de la biodiversité au cours du temps et surtout d’effectuer des comparaisons d’impact (entre deux activités d’une entreprise, entre deux produits ou entre deux entreprises).


Il existe cependant une multitude d’approches et de méthodologies et aucune méthode consensuelle n’a pour l’instant émergé pour évaluer les impacts d’une entreprise sur la biodiversité.


La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), en collaboration avec l’Office français de la biodiversité (OFB), a publié en mai 2021 un rapport compilant les résultats d’une évaluation scientifique de sept indicateurs et outils de mesure permettant d’évaluer l’impact des activités humaines sur la biodiversité.


Ce rapport présente sept indicateurs et outils, suffisamment avancés dans leur développement, généralisables aux secteurs privés et publics et ce, à différentes échelles d’organisation (du produit au pays, en passant par l’entreprise ou la collectivité).


Les sept outils évalués sont :

  • Global Biodiversity Score® (GBS)

  • Biodiversity Footprint for Financial Institutions (BFFI)

  • Product Biodiversity Footprint (PBF)

  • Biodiversity Impact Metric (BIM)

  • Biodiversity Indicator for Extractive Companies (BIEC)

  • Biodiversity Indicator and Reporting System (BIRS)

  • Species Threat Abatement and Recovery (STAR) Metric



Zoom sur le GBS de CDC-Biodiversité


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Le Global Biodiversity Score est un outil conçu par la filiale Biodiversité de la Caisse des Dépôts (CDC-Biodiversité), dont l’objectif est d’évaluer l’empreinte biodiversité des entreprises et des investissements.


Le GBS permet l’analyse de la contribution des activités économiques aux pressions sur la biodiversité et en déduit les impacts. La méthodologie s’appuie sur l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) et mobilise des bases de données telles que EXIOBASE (base de données mondiale qui propose un tableau entrées-sorties et un tableau ressources-emplois dans une approche globale et étendue sur le plan environnemental) et des modèles comme le Global Biodiversity Model (GLOBIO) (modèle d’évaluation de l’impact des facteurs environnementaux sur la biodiversité dans le passé, le présent et l’avenir).


Le plus connu des outils actuellement sur le marché, le GBS se veut l’équivalent du bilan carbone pour la biodiversité.



Le but des mesures d’impact pour l’entreprise est de quantifier les effets négatifs de son activité sur la biodiversité, mais aussi de mettre en place un plan d’action efficace et crédible pour s’engager en faveur de la biodiversité. La mise en place d’une démarche stratégique prenant en considération le volet biodiversité s’avère alors nécessaire pour l’entreprise.



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Photo par Frank Winkler de Pixabay


Les démarches concrètes de l’entreprise pour agir pour la biodiversité


Quatre grandes étapes jalonnent la démarche stratégique en faveur de la biodiversité. Elle peut être complétée par différentes formes de valorisation pour renforcer ses actions.


Une démarche stratégique en 4 étapes


1. Dresser l’état des lieux de l’existant


La première étape consiste à identifier les engagements déjà pris par l’entreprise ou les actions déjà réalisées en faveur de la biodiversité au sein de l’entreprise : achats, gestion immobilière, R&D, communication, site internet, reporting RSE, reporting extrafinancier, service RSE…

L’entreprise a-t-elle obtenu des reconnaissances, certifications, labels ou prix ?

Est-elle à jour sur le plan réglementaire ? Dans le cas contraire, la priorité sera tout d’abord à mettre dans la mise à jour règlementaire, afin d’être en conformité avec la loi avant de s’engager dans une démarche volontaire.


2. Réaliser un diagnostic biodiversité


Après avoir défini clairement le périmètre à mesurer (site, activités, chaîne de valeur associée), le diagnostic biodiversité consiste à identifier :

  • ses dépendances vis-à-vis des services écosystémiques ;

  • les impacts générés par son activité sur la biodiversité.


Le croisement des impacts et des dépendances les plus forts avec les risques et les opportunités les plus élevés feront ressortir les enjeux prioritaires à relever.


Il est intéressant de prendre en compte l’ensemble de la chaîne de valeur (fournisseurs, sous-traitants, clients, sociétés de transport, distribution des produits, vente des services, consommation et utilisation des produits/services, fin de vie des produits). En effet, les entreprises font de plus en plus l’objet de controverses et étant tenues pour responsables des impacts de leur activité en amont et en aval.


3. Établir un plan d’action


Où agir ? C'est-à-dire pour quelle activité ? Sur quel site de production ? Dans quelle zone ? Où sur la chaîne de valeur ?

Avec qui ? Comment ? Quand ? Selon quelles modalités ? Avec quels moyens financiers, humains et matériels ?


Autant de questions auxquelles doit répondre le plan d’action, mais cela passe avant tout par l’implication de la direction et la mobilisation des collaborateurs pour assurer la réussite des projets mis en œuvre.


L’alignement des objectifs avec ceux des cadres nationaux et internationaux, comme la contribution aux ODD, permet aussi de renforcer la démarche.


4. Évaluer sa démarche


Il sera nécessaire d’identifier des indicateurs de suivi (ou indicateur de performance, KPI en anglais) pour chaque action réalisée. Ils permettent de mesurer les performances et l’avancée par rapport aux objectifs.

Il est préférable de définir un nombre restreint d’indicateurs. L’UICN préconise d’utiliser un indicateur simple, pertinent, facile à renseigner, cohérent et opérationnel afin de mesurer aisément ses résultats.



Aller plus loin : valoriser sa démarche biodiversité


Pour aller encore plus loin, vous pouvez valoriser votre démarche biodiversité et ce, sous plusieurs formes :

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Conclusion


Aujourd’hui, il n’existe pas de démarche globale forte pour mesurer l’empreinte biodiversité d’une entreprise, à l’instar de ce qui a été établi pour la mesure de l’empreinte carbone. Mais les progrès sont heureusement rapides dans le domaine et un « crédit biodiversité » pourrait bientôt voir le jour. En effet, mesurer simplement l’impact d’une activité sur la biodiversité permettra aussi à terme d’évaluer simplement le financement de la compensation de la perte de cette biodiversité.

La validation d’un modèle global et universel mobilisera plus fortement et plus efficacement les entreprises pour agir selon une référence indépendante reconnue.


Foresteam est particulièrement sensible à ce sujet traitant de son objectif d’impact positif sur la biodiversité. Nous restons attentifs aux avancées dans ce domaine.



L'équipe Foresteam



Ressources documentaires utiles :

https://engagespourlanature.ofb.fr/entreprises/ressources


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