L’intelligence territoriale, levier de la transition écologique ?


En matière de transition écologique, la décentralisation du pouvoir en France a donné à ses territoires un rôle prépondérant dans les actions à mener localement. Les ambitions fortes du pays, tant au niveau national qu’international, ne peuvent se concrétiser qu’au travers de politiques locales bien coordonnées. L’intelligence territoriale peut-elle alors avoir une place dans la transformation écologique ? Nous allons comprendre dans cet article comment l’intelligence du territoire se révèle être un précieux levier de la transition écologique.



Qu’entend-on par intelligence territoriale ?

Nous avons tous entendu parler d’intelligence économique avec son lot de vocables guerriers associé : guerre commerciale, espionnage d’état, stratégie de veille… L’association avec l’intelligence territoriale pourrait alors rapidement être faite et la définition vite déduite, mais tout n’est pas si simple…

Avant de tenter de comprendre ce qu’est l’intelligence du territoire, l’explicitation de la notion même de territoire est nécessaire.



La notion de territoire


Lorsque l’on recherche la définition du mot « territoire » dans le dictionnaire, deux résultats sont proposés.


Dans une première acception, le territoire signifie « étendue de pays sur laquelle s’exerce une autorité ». Cette notion d’autorité implique donc de manière directe la participation de décideurs locaux aux actions liées à un territoire donné. Les décideurs, qu’ils soient indépendants ou, comme dans la plupart des cas, subordonnés à une autorité plus forte ou nationale, établissent et mettent en place des politiques publiques économiques, sociales ou environnementales. En France, le terme territoire est souvent associé à une zone administrative placée sous l’autorité d’une collectivité territoriale (commune, département ou région).


Le mot « territoire » signifie également « étendue de surface terrestre sur laquelle vit un groupe humain ». Dans cette définition, l’importance de l’interaction entre l’humain et son territoire est mise en avant. Chaque groupe d’humains développe sa propre identité et sa propre culture par les usages et les interactions engendrées par l’appropriation de ce territoire. Ce dernier est alors considéré comme un lieu de ressources, subissant plus ou moins les impacts de sa population. De cette situation naît aussi la notion de patrimoine, culturel, social ou économique, facteur essentiel de l’attractivité d’un territoire.


Cependant, quelle que soit la définition retenue, la notion de territoire implique toujours l’existence de frontières ou de limites, qu’elles soient physiques dans le milieu naturel ou politico-juridique lorsque l’on parle de zones administratives.


Alors quid de l’intelligence du territoire ?


Vers une définition de l’intelligence territoriale


Autant le concept de territoire est très ancien (emprunt du latin classique « territorium »), autant celui d’intelligence territoriale est très récent. Mentionnée pour la première fois au début des années 2000, l’intelligence territoriale (IT) ne fait pas encore l’unanimité dans sa définition. Deux grandes visions ressortent cependant : l’IT descendante et l’IT ascendante.


L’intelligence territoriale descendante découle de la notion d’intelligence économique.

À l’origine, Henri Martre définit l’intelligence économique comme « l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution en vue de son exploitation de l’information utile aux acteurs économiques » (retrouvez plus de définitions sur le Portail de l’IE). La mondialisation et l’avènement des nouvelles technologies de communication sont à l’origine de guerres économiques de plus en plus fortes. Les États-nations s’organisent pour faire face à cette compétition intense. La pratique de l’intelligence économique devient alors primordiale afin de définir les meilleures stratégies de veille et d’anticipation, de prévenir les risques et soutenir l’économie du pays. Dans ce contexte, l’IT descendante caractérise le prolongement au niveau local de la politique de compétitivité/attractivité de la nation.

On pourrait même parler de marketing territorial puisque le but est d’à la fois valoriser un territoire et le rendre compétitif, jusqu’au niveau international.


De l’autre côté, l’intelligence territoriale ascendante consacre le territoire en tant que zone de ressources à valoriser. Ces ressources, spécifiques à chaque territoire, peuvent être matérielles (son patrimoine naturel et architectural, ses aménagements, ses constructions…), mais aussi et surtout immatérielles de par son savoir, ses compétences, son organisation et son réseau. Le but de l’IT ascendante est donc de développer et valoriser ce capital grâce aux interactions entre les acteurs économiques présents sur le territoire. La force du réseau, l’instauration d’un climat de confiance et la coopération active entre les acteurs locaux aboutissent par la même occasion au développement d’une « économie du lien » propice à la mise en place du développement durable et d’une économie circulaire.


Cette seconde version de l’IT nous intéresse plus particulièrement, et notamment, la question de ses enjeux dans la transition écologique.




Quels défis pour l’intelligence territoriale dans la transition écologique ?

La profonde mutation qu’engage la transition écologique dans notre société réclame sur chaque territoire l’implication de tous les acteurs économiques, sociaux et culturels, tant publics que privés. L'intelligence territoriale prend alors toute sa dimension.

Le changement climatique, la rareté des ressources, la perte accélérée de la biodiversité et la multiplication des risques sanitaires et environnementaux sont autant d’enjeux concrets pour les territoires. En faisant valoir leurs atouts spécifiques, ils peuvent en tirer des avantages économiques et sociaux locaux pour un bien globalement partagé.

Le savoir-faire et les compétences acquises représentent désormais un vrai levier dans leur action pour relever le défi de la transition écologique et solidaire.

Ces défis, à relever grâce à une intelligence territoriale forte, reposent sur les trois dimensions du développement durable : la dimension sociale, la dimension économique et la dimension environnementale.


Les défis sociaux

  • renforcer l’appartenance au territoire en prenant en compte l’attachement de ses habitants (aux paysages, aux patrimoines…) ;

  • renforcer la cohésion et la coopération sur le territoire en faisant agir ensemble les structures publiques, les entreprises privées, les associations et les citoyens (on parle alors de projets co-construits)

  • améliorer la qualité de vie et la santé des citoyens sur le territoire

Les défis économiques

  • soutenir et préserver l’activité économique en développant l’emploi local par la structuration de filières (notamment courtes) et la création de nouvelles formations

  • favoriser l’économie circulaire

  • anticiper les évolutions de marché et les risques pouvant impacter les actifs industriels et les savoir-faire clés locaux

  • bénéficier de la communication de la collectivité pour un partage de l’information

Les défis environnementaux

  • intégrer les problématiques énergétiques et climatiques aux projets d’urbanisme, de transport et mobilité, etc.

  • réduire la dépendance énergétique du territoire en exploitant les ressources locales et renouvelables

  • préserver un cadre de vie respectueux de l’environnement (réduction des GES, lutte contre l’artificialisation des sols…)



L’intelligence des territoires au service de la transition écologique

L’intelligence territoriale représente donc un levier à mettre en œuvre pour réaliser la transition écologique et solidaire. Des acteurs sur le terrain de plus en plus engagés, notamment grâce à l’élaboration de projets co-construits entre eux, tentent d’apporter des moyens et des solutions concrètes pour relever les nombreux défis de demain.


Des acteurs de plus en plus engagés


Loin de se limiter aux collectivités territoriales ou aux services décentrés de l’État (qui ont néanmoins un rôle essentiel que nous aborderons au paragraphe suivant), l’action locale englobe une longue liste d’entités non étatiques fortement impliquées. Ceux-ci participent pleinement à la gouvernance des différents projets liés à la transition des territoires.


Parmi ces acteurs locaux, il peut être cité :

  • les associations d’élus et de collectivités ;

  • les parcs naturels régionaux ;

  • les chambres consulaires ;

  • les fédérations de syndicats ;

  • les associations environnementales et de l’économie sociale et solidaire ;


Il faut bien évidemment ajouter les entreprises et pôles de compétitivité, mais aussi les citoyens, souvent regroupés en collectifs.


Ce réseau de partenaires locaux, dense et diversifié, se trouve au plus près des problématiques ayant de forts impacts sur le changement climatique (transports, consommation énergétique, gestion des déchets, artificialisation des sols, enjeux de biodiversité, problématique de santé publique, économie circulaire…). Sa capacité à mettre en place une coopération solide est déterminante dans le succès des projets engagés.


L’intelligence territoriale prend alors tout son sens, car la réussite de tout projet territorial passe par la concertation et l’adhésion la plus large de tous les acteurs.


Des projets co-construits entre les acteurs


Même si la décentralisation redonne le pouvoir au niveau local, la complexité du tissu territorial nécessite que l’État reste garant de la cohérence d’ensemble des actions. Cela se concrétise par la mise en place d’une stratégie nationale de développement durable.

Définie dans une feuille de route nationale, elle s’inscrit dans le contexte international des 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’Agenda 2030. Le suivi de ces objectifs se fait au travers d’indicateurs, ramenés à l’échelle locale jusqu’à la commune pour certains, qui éclairent les démarches territoriales de développement durable.

L’État compte sur ses grandes agences pour accompagner les acteurs au niveau local. On peut citer notamment :

  • L’ADEME, en tant qu’Agence de la transition écologique, qui a réalisé une « stratégie collectivités 2017-2022 » pour clarifier son rôle auprès des collectivités et renforcer les liens avec elles.

  • Le CEREMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), le CGDD (Commissariat général au développement durable) et les DREAL (Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement), qui se sont associés pour proposer une boîte à outils ODD qui permet la mise en œuvre facile les 17 ODD au sein des collectivités.


Le Contrat de Transition Écologique


Dans le cadre de la stratégie nationale de développement durable, l’État a lancé en 2019 les contrats de transition écologique (CTE), nouvelle démarche de partenariat avec les collectivités locales, les entreprises et les associations.


« Le contrat de transition écologique illustre la méthode souhaitée par le Gouvernement pour accompagner les territoires : une co-construction avec les élus, les entreprises et les citoyens qui font le pari d’une transition écologique génératrice d’activités économiques et d’opportunités sociales. »

Emmanuelle Wargon,

secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire


Les contrats sont co-construits avec les acteurs volontaires du territoire qui bénéficient d’un accompagnement personnalisé. Le succès de CTE repose sur la coordination des acteurs institutionnels sur une dynamique de long terme :

  • contrat pluriannuel (3-4 ans) ;

  • suivi et mis en œuvre par l’EPCI (établissement public de coopération intercommunale) avec le soutien de l’État, de la région et du département ;

  • évalué sur la base d’indicateurs de performance environnementale et d’objectifs de résultat chiffrés.

Le contrat de transition écologique devient ainsi un outil au service des projets portés par les citoyens, les associations et les entreprises.

Crédits : Service d’information du Gouvernement


Fin 2020, en situation de crise sanitaire, le CTE a été remplacé par le Contrat de relance et de transition écologique (CRTE) dans le cadre du plan France Relance.

Le CRTE, toujours destiné à tous les territoires (rural, urbain et ultra-marin), leur apporte un soutien financier et un appui en ingénierie dans l’élaboration des contrats, qui se veut plus simple, uniformisée et au service de leurs priorités stratégiques.




Conclusion

L’ambition écologique que la France s’est fixée aux niveaux national et international a une traduction forte sur ses territoires par la mise en œuvre de contrats de partenariats entre acteurs publics et privés. Dans ce contexte, l’intelligence territoriale ressort comme un véritable levier de la transition écologique en constituant un réseau de partenaires portant des projets concrets qui contribuent à la mutation écologique et économique des territoires.


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