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Climat et biodiversité : Les actions individuelles ont-elles un sens ?


L’idée est vieille comme le monde : pour changer le monde, il suffirait de se changer soi-même, de se rapprocher de la nature et repenser le monde hors de dogmes erronés forgés par une modernité incontestable.


En ce qui concerne l’écologie, le succès du “faire sa part” pour réduire ses déchets ou ses émissions de CO2 a fait son chemin. Mais si ces actions individuelles jouent un rôle non négligeable dans la préservation de la biodiversité, seuls des leviers collectifs sont en mesure d’apporter de réel changements.


Choisir entre l’avion et le train, est-ce faire un choix pertinent ? La réponse n’est pas si simple petit colibri.


Prise de conscience citoyenne


Comment construire un mode de vie plus durable ? La question fait rage et génère de nombreux débats. Ces dernières années ont vu éclore une prise de conscience individuelle généralisée de l’impact de nos modes de vie sur l’environnement et des possibilités d’y remédier.


Le plus souvent, les solutions mises en place sont des demandes faites aux citoyens d’adopter des comportements responsables ou écologiques. C'est-à-dire de privilégier des modes de transports peu polluants, d’acheter localement, de prendre le vélo ou de manger moins de viande.


L’inconvénient de cet angle d’attaque, c’est de conditionner le changement à l'addition de toutes nos actions individuelles ; c'est-à-dire l'accumulation de comportements eux-mêmes englobés dans un système plus grand que l’on appelle “la société”.



1+1+1+1... = rien ?


Il serait faux d’affirmer que d’isoler sa maison ou de laisser sa voiture au garage ne sert à rien dans le combat contre le réchauffement climatique. Mais de récentes études montrent que “faire sa part est indispensable, mais largement insuffisant”*


Selon une étude menée par le cabinet Carbone4,"L’impact probable des changements de comportement individuel pourrait stagner autour de 5 à 10 % de baisse de l’empreinte carbone.


De plus, si un Français actionne l’ensemble des leviers à l’échelle individuelle en adoptant un « comportement héroïque », il réduirait son empreinte carbone de 25 %...seulement.


Un “effort” non négligeable qui pourtant ne permettrait pas de respecter “L’accord de Paris qui demande aux acteurs du monde économique et social de réduire de 80% leurs émissions actuelles de CO2.


Comment est conçue l’action politique ?


Les politiques relatives au climat sont de 3 ordres : décarbonisation (voitures électriques, éolien…) efficacité énergétique (isolation des bâtiments…) et changement comportemental (encouragements des comportements durables).


Dans un article paru sur Low-Tech Magazine, et intitulé “We can”t do it ourselves”, le chercheur Kris de Decker tente de démontrer que la plupart des actions politiques sont inefficaces car reposant presque entièrement sur le progrès technique et l’innovation tout en éludant le besoin d’accompagnement du changement social.


Il montre par exemple que le développement des énergies renouvelables ne conduit pas à une décarbonation du mix énergétique pour la simple et bonne raison que la demande énergétique totale augmente toujours plus vite que les sources d'énergie renouvelables.


La carotte et le bâton

Trop souvent, pour tenter de “faire changer” les comportements par des politiques d'incitation, des normes et des réglementations sont mises en place. Tout se passerait alors comme si les citoyens étaient des êtres rationnels prenant des décisions individuelles que l'on peut orienter par l’action publique.


Les politiques font un mauvais usage du sens des actions individuelles en culpabilisant et pénalisant les citoyens. Les mangeurs de viande ou les automobilistes sont pointés du doigt sans qu’on interroge le système d’alimentation ou les infrastructures qui favorisent ces comportements.


Erreur d’aiguillage

L'erreur de ces politiques vient du fait qu’elle se base sur un présupposé libéral (au sens de liberté) qui ferait de nos comportements le résultat de choix purement individuels et rationnels.


On responsabilise à outrance des individus à qui on fait porter tout le poids de la lutte contre le réchauffement climatique. Ce phénomène est amplifié dans les médias par une certaine “injonction à l’éco-citoyenneté” dont les listes des gestes qui sauvent (la planète) s'allonge chaque jour un peu plus.



L’individu évolue dans un système donné


Ce qu’il faut comprendre alors c’est que nos choix individuels sont conditionnés et limités par l’environnement social et technologique dans lequel nous évoluons. Avoir recours au covoiturage ne supprimera pas notre dépendance à un système de transports fonctionnant, que nous le voulions ou non, sur la base d’énergies toujours carbonées comme le diesel, l’essence.


Idem pour les entreprises où l'individu n’a pas de véritable impact sur leurs processus industriels, logistiques et techniques à court terme.


Ce même Kris de Decker ajoute que “80% de nos actions sont fortement conditionnées, ou contraintes par les normes sociales, les politiques publiques, les infrastructures, les technologies, le marché, la culture… En tant qu’individu, on peut par exemple acheter un vélo, mais nous ne pouvons pas développer l’infrastructure cyclable à grande échelle”.


Si les Danois ou les Néerlandais utilisent plus le vélo que d’autres, ce n’est pas tant parce qu’ils sont plus soucieux de l’environnement que d’autres, c’est d’abord parce qu’ils ont une excellente infrastructure cyclable, parce qu’il est socialement acceptable de se déplacer à vélo”.


C’est donc le serpent qui se mord la queue : On mise sur des actions individuelles pour changer un système qui lui-même engendre ces mêmes actions individuelles…



Solution globale


Les actions individuelles ne sont donc pas à jeter à la poubelle. Mais il est nécessaire d’agir sur des leviers plus collectifs.


Une autre étude menée par Carbone4 nous enseigne que « Plus de la moitié du gisement de réduction des émissions de C02 est en réalité aux mains d’autres acteurs clés, les entreprises et l’État ».


L’État, par ses infrastructures, dans le domaine notamment de la santé, de l’éducation et de la défense, est déjà responsable à lui seul, de 10 % de l’empreinte carbone du pays.


Le rôle de l’État et des entreprises


Cette même étude appelle donc à des transformations en profondeur pour que l'État joue « son rôle de régulateur » et « édicte des règles capables de réorienter les investissements dans des filières vertueuses ».


Il est également crucial que les entreprises parviennent à « décarboner leurs chaînes de valeur », changer leur processus industriel, revoir leur stratégie d’approvisionnement énergétique, la politique d’achats ou de recyclage.




Les actions individuelles comme étincelle de l’action collective


Oui, les actions individuelles ont un sens. Elles permettent à un citoyen d'appréhender des enjeux plus globaux. Par le biais d’actions, souvent simples à mettre en place (comme le fait d’adhérer à une Amap** ou d’opter pour un fournisseur d’énergie verte) les citoyennes et citoyens vont être amenés à se saisir de problématiques plus complexes pour ensuite les faire rejaillir au sein du collectif.


Mais, in fine, pour que nos actions aient un véritable impact sur la préservation de la biodiversité, il est nécessaire d’agir sur ce qui les définit.


Il ne s’agit pas de trouver les moyens de changer les comportements des individus, mais de changer le fonctionnement de la société en profondeur, ses codes, ses valeurs, ses représentations du bonheur et du succès ainsi que les conventions culturelles qui les sous-tendent pour que les comportements individuels changent à leur tour.



Conclusion


C’est en changeant nos infrastructures de vies, les objectifs des institutions et des entreprises qui les façonnent, les conventions culturelles qui les sous-tendent que les comportements individuels changeront à leur tour ! Pas

l’inverse.


L’équipe Foresteam

passerelle d'ingénierie environnementale et opérateur de compensation


Notes

*Etudes Carbone4 sur les actions individuelles

** Amap : http://www.reseau-amap.org/amap.php


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